Tout cela pour dire que, en définitive, la population ne se laisse plus duper aussi facilement par les médias, et c'est tant mieux. Quant aux candidats, je leur souhaite bonne campagne. Car après tout, les choses ne faisant que commencer sérieusement, il se pourrait bien qu'on assiste enfin à des débats intéressants, et que les imposteurs tombent d'eux-mêmes. Quoique. Affaire à suivre !
Publié par specht à 19:34:52 dans Philo ? | Commentaires (0) | Permaliens
Liban, voilà à nouveau la guerre.
Tout le monde en parle évidemment avec en arrière fond le souvenir des années 80. Le souvenir surtout que l'intervention de l'ONU avait été quasiment sans effet, et que seule la question palestinienne pouvait jouer un rôle de stabilisation, d'enlisement ou d'embrasement. Sont-ce seulement des conditions comparables aujourd'hui ? Peut-on se servir de la "leçon" des années 80 ?
La donne a changé. Si les mouvements palestiniens étaient encore animés par des bases idéologiques socialistes révolutionnaires, les voilà aujourd'hui alimentés par une idéologie islamiste radicale. Le sud Liban, lui, se voit géré par un parti religieux issu de la révolution islamique iranienne. La Syrie, officiellement laïque (baas), n'a plus véritablement de contrôle sur le Liban, elle ne sert que d'intermédiaire entre l'Iran et le Hezbollah. Israël est devenu un état comme un autre, l'aspect religieux du début s'est atténué, la population civile aspire surtout à sa tranquillité et n'obéit plus aussi facilement aux velléités guerrières qui, il est vrai, étaient autrefois une nécessité fondatrice. Bref, les représentations et les motivations ont changé, même au sein des populations.
Les journalistes s'en rendent-ils seulement compte ? Dernièrement j'ai entendu un reportage sur le sud Liban, au sujet de la reconstruction grâce à des fonds du Hezbollah. Un villageois répondait à une interview, même si sa voix était un peu couverte par la traduction du journaliste on entendait quand même ce qu'il disait en arabe. Ecart de traduction : à un moment le villageois parlait de l'aide des taliban (talib au singulier), ce fut traduit en "Hezbollah" par le journaliste français. Anodin ? Taliban n'est pas un terme anodin, il signifie bien ce qu'il désigne en arabe, c'est-à-dire "les étudiants en théologie", à l'occasion combattants pour Allah. Pour celui qui n'écoute que la traduction le terme passe inaperçu, et n'identifie du coup pas l'état d'esprit dans lequel s'exprime le villageois. Ce terme est récent, au Liban. Signe que l'intégrisme islamiste est bien en train de se répandre dans le monde arabe au sein même de la population civile. Les récentes élections au Koweit ont confirmé cette tendance. Je dis signe de l'intégrisme parce que dans ce contexte, "étudiant en théologie" désigne surtout un jeune à qui l'on fait apprendre par coeur le Coran, à qui on présente UNE interprétation particulièrement martiale et simpliste de l'islam voire naïve.
Et alors ? Alors voilà où se trouve désormais la difficulté pour la diplomatie internationale, en ce sens qu'il est plus difficile aujourd'hui de modérer un conflit entre le Liban et Israël que dans les années 80. Qu'un combattant socialiste révolutionnaire se fasse tuer n'émeut personne, sauf peut-être les militants révolutionnaires. Qu'un combattant ouvertement identifié "musulman" (en fait intégriste) soit tué, et c'est toute une communauté de fidèles qui se sent concernée. Entre quelques militants et une communauté de fidèle, l'effet psychologique n'est pas du tout le même. Le fait que G.W. Bush se présente comme très croyant, et comme menant sa "politique" au nom de Dieu attise encore davantage cet effet. Et ce n'est sans doute pas un hasard si on assiste à un rejet de l'occident actuellement dans les pays arabes : conséquence d'un effet passionnel !
En résumé, si la diplomatie internationale était jadis parvenue à trouver un compromis, base d'un véritable processus de paix, c'était grâce à des négociations sur un plan essentiellement politique. Les acteurs s'y prêtaient particulièrement avec un Arafat et son OLP socialiste (donc politique), des ministres israéliens prêts à des concessions, et surtout un Bill Clinton qui s'exprimait au non du Droit. Aujourd'hui le registre est beaucoup plus passionnelle et prend en otage la religion au prétexte d'une lutte d'intérêts ou d'influence. On trouve un Bush qui s'exprime au nom de Dieu, un Hezbollah parti religieux intégriste, un Hamas versé dans les versets, un Iran dirigé par des intégristes qui compte avoir son mot à dire au proche-Orient par l'intermédiaire du Hezbollah. Et derrière cela, toutes une communauté musulmane à qui on présente Bush comme un satan et chaque agression comme une atteinte à l'islam : esprits à vif !
La seule leçon que pourraient nous apporter les années 80, concernant le Liban, est celle que la solution résiderait dans la question palestinienne, et qu'il est impératif de rester dans le registre du Droit.
Maintenant, reste à choisir une position. Pro-Liban, pro-Israël ? Ni l'un ni l'autre, on voit bien que les choses ne sont pas aussi manichéennes. Les Libanais soutiennent le Hezbollah par principe, non par adoration de l'intégrisme. Quant aux Israéliens, on constate qu'ils ne sont pas aussi belliqueux qu'on veut nous le faire croire, en témoigne ce mécontentement global après cette opération militaire ratée. Des réservistes critiquent le gouvernement et certaines décisions militaires disproportionnées, ce qui est plutôt inhabituel.
Publié par specht à 09:29:59 dans Philo ? | Commentaires (2) | Permaliens
Deux missiles ont détruit une maison dans le nord de l'Irak. Zarquaoui s'y trouvait, il demeure désormais ailleurs ou nulle part, selon les convictions.
L'armée américaine qui a ciblé cette maison présente alors son bilan devant la presse. On assiste au discours d'un général muni d'une baguette, en uniforme kaki de terrain (non pas de gala) qui démontre que l'homme vient du terrain d'action, et un cadre doré placé à côté de lui qui entoure le résultat de la mission accomplie.
Généralement, dans une conférence de presse militaire on nous présente une carte avec des zones colorées. Et le général se sert de sa baguette pour ses commentaires, pointant alors du bout de l'instrument les zones concernées par le discours. Rien de plus normal ! Le prof de géographie se sert lui aussi d'une baguette, lumineuse certes, modernité oblige. Idem pour le prof d'anatomie qui pointe les zones commentées avec sa flèche lumineuse ou celle de la souris de l'ordinateur sur un écran géant. Rien de plus normal. On explique, on commente en suivant du doigt (de la flèche) sur un schéma, une carte ou autre.
Rien de plus normal sauf que : voilà un militaire US, digne représentant de la plus puissante et plus moderne armée du monde, qui pointe le produit de sa mission avec une vulgaire baguette ! Pourquoi n'utilise-t-il pas comme les profs un pointeur lumineux ? Ca ne passerait pas à la télé ? Les gens verraient-ils mal les endroits pointés ? Quelle est donc la raison de cette étrangeté ?
On attribue depuis longtemps à la baguette une fonction d'autorité. Sceptre, cravache, canne du noble, crosse, les personnes importantes signalent leur autorité grâce à cet attribut. La baguette désuète du militaire américain serait-elle alors une technique "des sciences de la communication" lui permettant de projeter sur le public naïf l'image d'une autorité de fait ? Après tout le conférencier pourrait très bien se présenter en costume-cravate, avec un pointeur de souris et qui sur écran géant présenterait les derniers résultats de l'armée. Cela n'enlèverait rien à l'importance de la conférence. Pourquoi pas. Mais non, on se doit de montrer que la guerre est là, donc on utilise un général en uniforme de combat, avec une baguette. Manque plus que la poussière ! Il fut un temps où les officiers se balladaient en culotte de cavalier avec des bottes, bien qu'ils ne montaient plus depuis longtemps à cheval mais se déplaçaient en véhicule motorisé. La culotte et les bottes de cavalier étaient le symbole de la puissance et de l'autorité, avec la cravache. La mode fait la même chose ; on impressionne la société avec des attributs sortis de leur contexte. Les femmes qui veulent faire croire à une origine noble s'habillent en cavalière dans la rue : pantalon de cavalier, bottes et... comme par hasard, queue de cheval ;)
On s'habille pour faire comme si, comme si on était noble, comme si on était aventurière, comme si on était colonialiste... etc.
Mais non, nous répondrait-on pour la baguette du général états-unien. Il s'agit simplement du meilleur moyen de pointer des informations inscrites sur un tableau, devant un public qui ne distinguerait pas correctement les détails. La baguette passe mieux à la télé ; un pointeur, lui, serait invisible après le filtre de la caméra. La télévision possède une mauvaise définition. Oui mais voilà, la chose que pointait le monsieur à la télé durant la conférence de presse sur la liquidation de Zarquaoui, la chose présente sur le tableau n'était ni une carte, ni un graphique, ni rien d'autre de ce genre. Dans le cadre doré s'affichait une photo du visage sans vie de Zarquaoui !
Que voulait-il montrer alors, avec sa baguette, le militaire ? Une description du visage cadavérique du terroriste ? Oui, ici vous avez donc ses oreilles n'est-ce pas, et ici les yeux fermés signalent un repos éternel n'est-ce pas, nous pouvons remarquer ici et là les impacts des débris qui ont frappé son visage lors de l'explosion de la maison n'est-ce pas... Par ailleurs nous pourrons remarquer qu'il s'agit bien de Zarquaoui eu égard à la forme des sourcils et de la racine des cheveux ici, et là n'est-ce pas.
Drôle de chose. Tout comme la baguette et l'uniforme, la description de la tête de Zarquaoui ressemble à une mise en scène ridicule. Mais peut-être la conférence s'adressait-elle à un public jugé naïf, à qui il faut décrire le visage d'un cadavre pour paraître sérieux. Heureusement la tête à fait place plus tard à des images beaucoup plus dignes d'une conférence militaire : des images de l'explosion de la maison, avec une mire de visée, des numéros et des graduations. Ca c'est sérieux, des graduations ! Reste la baguette...
Publié par specht à 00:08:48 dans Philo ? | Commentaires (1) | Permaliens
Hier en zappant au hasard, je suis tombé sur l'émission de Stéphane Bern. On y voyait B.H.L., une actrice française dont je ne me souviens jamais du nom et d'autres personnages de l'univers médiatique. Monsieur Bern annonça le zapping (tiens...), et alors on vit effectivement des séquences de la vie télévisuelle choisies pour leur caractère choquant, attirant.
A un moment donné est passé le morceau d'une l'émission téléréalité sur M6, où des jeunes doivent devenir cuisiniers dans un grand restaurant. La séquence montrait une réunion en cuisine entre le chef et les "candidats". Evidemment quand on pense cuisine, on pense autorité du chef, rigueur obligatoire, hygiène, respect. Qui n'a jamais entendu parler de l'ambiance stricte qu'instaurent les Grands Chefs de la gastronomie ? Vous peut-être ? En d'autres mots, il ne serait pas surprenant que cette caractéristique soit exacerbée, exagérée dans une émission de téléréalité. Comme de bien entendu, donc, la séquence choisie pour le zapping montre un chef en train de parler à ses "élèves". Il prend le ton de rigueur, un ton sec, direct, un petit peu sévère et commence à lancer quelques critiques sur le service. C'est le jeu. Et voilà qu'une "élève" prend la parole pour le contredire. Le chef évidemment répond d'un ton sec, mais se fait en retour immédiatement couper la parole par la jeune fille. Le Chef rétorque aussitôt qu'on ne coupe pas la parole à un chef, et qu'elle n'a le droit que de se taire pendant qu'il remonte les bretelles à l'équipe. La jeune fille, sans doute peu habituée à ce genre d'autorité, commence à crier. Le chef lui ordonne alors de quitter la cuisine.
Belle scène qui nourrit avantageusement ce genre d'émission. Le public se délectent des conflits. Mais ici la situation atteint une sorte d'extrême, car la jeune fille se réfugie aux toilettes et entre dans une profonde crise de larmes et de colère. Quelques camarades viennent consoler l'inconsolable, et le chef apparaît, qui demande qu'on la laisse se calmer.
Le zapping se termine sur cette "tragédie" montrée comme telle par une téléréalité avide de théâtralisme affectif. Voilà le retour au plateau, Stéphane Bern demande à ses invités ce qu'ils pensent de la scène. Evidemment l'actrice se sent choquée, et condamne l'attitude... du chef. Autorité violente, agression verbale ; les expressions ne manquent pas, elle condamne aussi les scènes. Vient le tour de B.H.L., celui-ci condamne de la même manière cette situation d'autorité ; il développe, sans doute pour faire bonne figure, une sorte de théorie du "petit chef" qui se sent doué des pouvoirs de l'univers en s'attaquant aux plus faibles.
Evidemment on persiste en tant que téléspectateur quelques secondes dans le jeu : liberté d'opinion, expression libre, égalité des chances, etc. Mais on revient vite à la réalité qui, elle, n'est pas de la télévision, et on se met à penser. On pense aux cuisines, à l'apprentissage de la cuisine, à ces grands chefs de la gastronomie française, aux émissions de cuisine qui nous les présentent à l'action. Et on se souvient effectivement de ces "élèves cuisiniers", les vrais cette fois, travaillant dans un rythme difficile, soumis à l'extrême rigueur de la discipline. On se dit que cette rigueur, compte tenu des contraintes du domaine, est nécessaire. D'ailleurs elle semble acceptée par tous dans la cuisine qui impose ses exigences : des clients sont à servir dans un laps de temps acceptable, c'est-à-dire sans que ceux-ci ne patientent trop longtemps. Les Chefs doivent gérer une équipe, une mécanique précise, plusieurs plats en préparation, cuissons, sauces, salades, esthétique dans l'assiette ; cela sous chronomètre. L'anticipation est obligatoire. Une seule défaillance et la catastrophe apparaît : viande trop cuite ou pas assez, sauce ratée... ce qui implique évidemment une réaction de la clientèle, et la clientèle est ce qui fait vivre la cuisine. On comprend dès lors qu'un minimum de rigueur est nécessaire, que les ordres du Chef ne constituent pas un abus d'autorité mais bel et bien la condition à partir de laquelle l'équipe peut fonctionner à l'unisson. Le Chef porte alors bien son nom, c'est une tête, une tête qui guide chaque membre de la cuisine, le centre qui organise les processus culinaires. On ne s'impose pas cuisinier, on apprend à le devenir par un apprentissage difficile qui demande d'acquérir une méthode. Car seul un comportement méthodique permet le bon fonctionnement d'une cuisine chargée de préparer des dizaines de plats à la suite, voire en parallèle. Chaque plat doit approcher la perfection pour, en retour, contenter la clientèle, le consommateur. Quiconque a déjà fait un peu de cuisine chez soi, avant de recevoir des invités, sait combien le temps est compté, combien la méthode est nécessaire : où est passé mon poivre, et ma sauce monte-t-elle, où en est ma viande, quelle heure est-il, les fruits, découper les fruits pendant que les pâtes cuisent... Imaginons ce scénario à une échelle plus grande, dans la cuisine d'un restaurant chargé de servir des dizaines d'invités chaque soir !
Alors, quasiment immédiatement, les réactions de B.H.L. et de cette actrice semblent inappropriées, exagérées à leur tour, quasiment hors sujet. Car en réalité la triste scène aperçue au zapping n'aura démontré qu'une chose : la jeune fille ne supportait tout simplement pas l'autorité. Une autorité légèrement caricaturale, certes, téléréalité oblige, mais une autorité nécessaire dans une cuisine. Le chef cuisinier, qui exerce la cuisine d'une manière extrêmement pragmatique, sait distinguer ce qui fonctionne de ce qui ne fonctionne pas. Maintenant il y a l'art et la manière de le faire savoir. Par excès de zèle sans doute le Chef aura-t-il utilisé une manière un peu rude, d'autant plus rude que ces jeunes, présents dans l'émission, n'ont apparemment de toute leur vie encore jamais rencontré d'autorité, encore moins le besoin de rigueur.
Syndrôme d'une époque ? Manque-t-on d'autorité envers les jeunes ? Peut-être que, dans cette peur de blesser, a-t-on supprimé tout ce qui pouvait apparaître comme un risque d'abus de pouvoir. Pourtant, en soi, l'autorité à sa juste valeur est nécessaire, et n'est absolument pas synonyme de despotisme.
Publié par specht à 16:31:43 dans Philo ? | Commentaires (1) | Permaliens
Exit feuilles mortes, fruits, insectes, fleurs... On nous annonce la saison comme une catastrophe d'actualité : hiver froid, été chaud ! Le scoop ! Les centres commerciaux nous alertent du changement : soldes d'été, collection hiver...
Je rêve d'une urbanisation pleine de nature, de trottoirs piqués d'une bande de gazon, de rues porteuses d'arbres et de buissons. De jardins, ci et là, en carré. Ici pour honorer une fontaine, là pour souligner une sculpture, avec des bancs où l'on pourrait se reposer un instant sans avoir l'air de tuer le temps. Evidemment les objections ne tarderaient pas, parmi les reproches nous découvririons le "coût d'entretien". Mais l'entretien, faudrait-il le rappeler, ne se fait-il pas de lui même finalement ? La génétique ne permettrait-elle pas de concevoir des herbes aux hauteurs limitées, des arbres résistants aux futaies épaisses ?Ca manque de paisibilité, dans ces villes ! Or la Nature est aussi importante que la culture !
Publié par specht à 00:30:12 dans Philo ? | Commentaires (0) | Permaliens
| Di | Lu | Ma | Me | Je | Ve | Sa |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 2 | 3 | 4 | |||
| 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 |
| 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 |
| 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 |
| 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 |