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Liban Taliban | 23 août 2006

Liban, voilà à nouveau la guerre.


Tout le monde en parle évidemment avec en arrière fond le souvenir des années 80. Le souvenir surtout que l'intervention de l'ONU avait été quasiment sans effet, et que seule la question palestinienne pouvait jouer un rôle de stabilisation, d'enlisement ou d'embrasement. Sont-ce seulement des conditions comparables aujourd'hui ? Peut-on se servir de la "leçon" des années 80 ?


La donne a changé. Si les mouvements palestiniens étaient encore animés par des bases idéologiques socialistes révolutionnaires, les voilà aujourd'hui alimentés par une idéologie islamiste radicale. Le sud Liban, lui, se voit géré par un parti religieux issu de la révolution islamique iranienne. La Syrie, officiellement laïque (baas), n'a plus véritablement de contrôle sur le Liban, elle ne sert que d'intermédiaire entre l'Iran et le Hezbollah. Israël est devenu un état comme un autre, l'aspect religieux du début s'est atténué, la population civile aspire surtout à sa tranquillité et n'obéit plus aussi facilement aux velléités guerrières qui, il est vrai, étaient autrefois une nécessité fondatrice. Bref, les représentations et les motivations ont changé, même au sein des populations.


Les journalistes s'en rendent-ils seulement compte ? Dernièrement j'ai entendu un reportage sur le sud Liban, au sujet de la reconstruction grâce à des fonds du Hezbollah. Un villageois répondait à une interview, même si sa voix était un peu couverte par la traduction du journaliste on entendait quand même ce qu'il disait en arabe. Ecart de traduction : à un moment le villageois parlait de l'aide des taliban (talib au singulier), ce fut traduit en "Hezbollah" par le journaliste français. Anodin ? Taliban n'est pas un terme anodin, il signifie bien ce qu'il désigne en arabe, c'est-à-dire "les étudiants en théologie", à l'occasion combattants pour Allah. Pour celui qui n'écoute que la traduction le terme passe inaperçu, et n'identifie du coup pas l'état d'esprit dans lequel s'exprime le villageois. Ce terme est récent, au Liban. Signe que l'intégrisme islamiste est bien en train de se répandre dans le monde arabe au sein même de la population civile. Les récentes élections au Koweit ont confirmé cette tendance. Je dis signe de l'intégrisme parce que dans ce contexte, "étudiant en théologie" désigne surtout un jeune à qui l'on fait apprendre par coeur le Coran, à qui on présente UNE interprétation particulièrement martiale et simpliste de l'islam voire naïve.


Et alors ? Alors voilà où se trouve désormais la difficulté pour la diplomatie internationale, en ce sens qu'il est plus difficile aujourd'hui de modérer un conflit entre le Liban et Israël que dans les années 80. Qu'un combattant socialiste révolutionnaire se fasse tuer n'émeut personne, sauf peut-être les militants révolutionnaires. Qu'un combattant ouvertement identifié "musulman" (en fait intégriste) soit tué, et c'est toute une communauté de fidèles qui se sent concernée. Entre quelques militants et une communauté de fidèle, l'effet psychologique n'est pas du tout le même. Le fait que G.W. Bush se présente comme très croyant, et comme menant sa "politique" au nom de Dieu attise encore davantage cet effet. Et ce n'est sans doute pas un hasard si on assiste à un rejet de l'occident actuellement dans les pays arabes : conséquence d'un effet passionnel !


En résumé, si la diplomatie internationale était jadis parvenue à trouver un compromis, base d'un véritable processus de paix, c'était grâce à des négociations sur un plan essentiellement politique. Les acteurs s'y prêtaient particulièrement avec un Arafat et son OLP socialiste (donc politique), des ministres israéliens prêts à des concessions, et surtout un Bill Clinton qui s'exprimait au non du Droit. Aujourd'hui le registre est beaucoup plus passionnelle et prend en otage la religion au prétexte d'une lutte d'intérêts ou d'influence. On trouve un Bush qui s'exprime au nom de Dieu, un Hezbollah parti religieux intégriste, un Hamas versé dans les versets, un Iran dirigé par des intégristes qui compte avoir son mot à dire au proche-Orient par l'intermédiaire du Hezbollah. Et derrière cela, toutes une communauté musulmane à qui on présente Bush comme un satan et chaque agression comme une atteinte à l'islam : esprits à vif !


La seule leçon que pourraient nous apporter les années 80, concernant le Liban, est celle que la solution résiderait  dans la question palestinienne, et qu'il est impératif de rester dans le registre du Droit.


Maintenant, reste à choisir une position. Pro-Liban, pro-Israël ? Ni l'un ni l'autre, on voit bien que les choses ne sont pas aussi manichéennes. Les Libanais soutiennent le Hezbollah par principe, non par adoration de l'intégrisme. Quant aux Israéliens, on constate qu'ils ne sont pas aussi belliqueux qu'on veut nous le faire croire, en témoigne ce mécontentement global après cette opération militaire ratée. Des réservistes critiquent le gouvernement et certaines décisions militaires disproportionnées, ce qui est plutôt inhabituel.

Publié par specht à 09:29:59 dans Philo ? | Commentaires (2) |

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